Textes

A propos de mon travail

Ma première photographie sera aussi la dernière - 3

A la frontière de l'intime et du mythe, ma pratique de la photographie est une tentative de donner forme à l'invisible et à l'être, d'en faire surgir la trace, la présence.
J'ai longtemps cru que la photographie s'apparentait à l'expérience d'Orphée : remontant des Enfers avec Eurydice, Orphée transgresse l'interdit et se retourne avant qu'ils ne soient revenus au jour. A l'instant même où elle lui apparaît, Eurydice redevient une ombre. Et la main d'Orphée tentant de la retenir se referme sur le vide.
Puis, dans le sillage d'Ulysse, s'est ouvert une fenêtre sur l'Autre.
Mai 2015


Ma première photographie sera aussi la dernière - 2

Ma première photographie, ce n'est pas moi qui l'ai prise. C'est un tout petit portrait d'un oncle mort bien avant ma naissance. L'image, sans doute un photomaton découpé, insérée dans un médaillon ovale, se trouvait dans la chambre de mes parents, sur le casier à musique laqué noir de ma mère. Enfant, elle me fascinait, je pouvais passer des heures devant, absorbé et plongé dans un univers de rêveries sans nom.
Sans doute toutes mes photographies découlent de cette expérience initiale.
Trente ans plus tard j'ai photographié cette image dans une petite mise en scène : au premier plan le médaillon, net, à l'arrière-plan mon propre reflet dans un miroir, derrière l'appareil photo et flou.
Il ne me paraît pas utile de joindre l'une ou l'autre de ces photos que je n'ai jamais montrées. Je préfère laisser chacun imaginer.
Mars 2014


Ma première photographie sera aussi la dernière - 1

La photographie me semble tendue entre deux pôles : l'empreinte et l'écriture. D'une part, une fonction d'empreinte : dimension de la présence imaginaire, dans laquelle la perte est déniée, où l'image s'apparente à une relique, comme un prélèvement par contact de ce qui a été photographié, dimension tactile du regard, sensible au velouté du grain. D'autre part, une fonction d'écriture : dimension dans laquelle l'absence est symbolisée, où il y a bien coupure et perte entre ce qui est photographié et son image, où celle-ci est semblable à un signe. C'est très exactement dans le passage de l'empreinte à l'écriture que se situe mon travail.
Photographier est pour moi affaire d'expérience. Expérience sensible et subjective du monde et des images. Expérience spirituelle, si l'on veut bien ôter toute connotation idéaliste à ce mot, et l'entendre au sens que lui donnait Michel Foucault, d'une expérience qui concerne et transforme le sujet.
Mai 2009




A propos du travail des autres

L'image fiction, tribune parue dans Réponses Photo n°280

Le 11 Mai 2015, pour illustrer la visite du président Français à Cuba, Libération faisait sa une avec ce photomontage. François Hollande y est affublé du calot et de la chevelure du Che, « empruntés » à la photo de Korda prise en 1960 (...)
... L'image fiction, ni vraie ni fausse

Lettre de Décembre 2014 à Benoit Luisière, à propos de son livre Un autre Jeu (Ed. Filigranes, 2014)

Cher Benoît,
J'ai reçu ton livre il y a quelques jours. Je l'ai ouvert et parcouru avec un curieux mélange de plaisir, perplexité, amusement et inquiétude. Ce n'est pas seulement par manque de temps que je ne t'écris qu'aujourd'hui. Il faut bien le dire : ton livre me plonge dans une espèce d'expectative. Celle-ci ne porte pas sur ton travail ; je le trouve très bon, et cela se passe au-delà du j'aime ou du j'aime pas. Il s'agit plutôt de l'effet sur moi de cet autre jeu.
Peut-être il serait plus juste de parler de surprise ou d'étonnement. Cet étonnement est d'autant plus troublant qu'il ne s'efface pas, qu'il ne se referme pas dans l'assurance d'une explication ou la reconnaissance de quelque chose de connu. Ces images si banales deviennent, par ton irruption, intranquilles. Le doute s'immisce, je ne sais plus où est la part de la mise en scène, celle du montage, du trucage, du véridique. Le familier en retour est contaminé et paraît lui-même étrange, faux.
L'inquiétude s'est glissée dans le familier comme le vers dans le fruit. Et le rire avec, celui du chimpanzé, du primate pensant devant la routine théâtrale des humains.
Merci.


A propos de Anima de Marie Docher, Juillet 2014

... www.docher.com/anima.html

La résistance des corps, tribune parue dans Réponses Photo n°267, Juin 2014

Au sortir des salons et festivals parisiens, je constate qu'une part importante des sélections ne me dit rien d'autre qu'une tendance de la photographie actuelle. C'est tellement maîtrisé que rien ne se passe, ni trouble, ni rencontre. L'idée est lisible mais pas incarnée. Si ces travaux parlent souvent du corps, ils n'en ont pas. Le grain du réel est passé à la moulinette d'une pensée systématique (...)

... La résistance des corps

Des images qui nous regardent, chronique sur www.photographie.com, Avril 2014

Le livre de Margot Wallard, « Mon frère Guillaume et Sonia » est une chose rare, à la fois évidente et étrange, qui vous frappe et vous hante sans se laisser saisir (...)

... Margot Wallard vue par Michaël Duperrin